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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

Est-ce que votre or devient des euros, des Francs CFA... ou de l'argent-qui-n'existe-pas (2 la dette)

Publié le 11 Février 2015 par Pierrette Roc Diallo

Est-ce que votre or devient des euros, des Francs CFA... ou de l'argent-qui-n'existe-pas (2 la dette)

La dette du tiers monde est une dette extérieure contractée par les pays du tiers monde (le terme « tiers monde » est toujours employé, bien qu'on lui préfère désormais souvent d'autres expressions telles que « pays en voie de développement » (PVD) ou pays en développement(PED)).

Cette dette correspond tant à des prêts souverains (d'autres États, du FMI, de la Banque mondiale, etc.) que des financements privés (prêts bancaires, obligations placées auprès de fonds de placement, ...). Depuis la mise en œuvre du plan Brady en 1989 (qui découle de la crise de la dette des PVD de 1982) la pratique de l'émission d'obligations par les pays en voie de développement, qui recouvre en fait ce que l'on appelle la « dette des pays émergents », a augmenté considérablement, jusqu'à devenir un véritable marché de titres de créances négociables.

On parle de dette insolvable pour décrire une dette extérieure dont les intérêts sont supérieurs auproduit intérieur brut (PIB) du pays concerné, cette dette devenant par conséquent impossible à rembourser. Certains considèrent qu'il s'agit d'une forme d'oppression ou de mainmise des pays riches sur les pays pauvres, qui se trouvent ainsi en état de subordination.

Contexte historique

  • Le problème de la dette du tiers monde, qui donna lieu à de grands débats au xxe siècle, est devenu moins pressant au début du xxie siècle, en particulier avec la très forte hausse des cours des matières premières, et la transformation de certains PED en pays émergents. Les principaux organismes prêteurs, comme la Banque mondiale et surtout le FMI, trouvent actuellement peu d'utilisations pour leurs ressources.

La plupart des États actuels d'Afrique et d'Asie ne sont devenus financièrement indépendants que postérieurement à la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, les pays n'ont pas tous contracté leurs dettes extérieures respectives après leur indépendance. Ainsi, en 1949, pour obtenir son indépendance, l'Indonésie fut contrainte d'honorer la dette de l'administration colonialenéerlandaise (dont la majeure partie avait été contractée pour combattre les rebellesindépendantistes au cours des quatre années précédentes). On retrouve le même type de situation dans d'autres pays.

L'Égypte, qui n'a jamais été une colonie à proprement parler, mais qui fut un protectorat d'abord anglo-français puis britannique, ne détenait pas, à l'origine, le contrôle du lucratif Canal de Suez, qui relie la mer Méditerranée à la mer Rouge (qui communique avec l'océan Indien). Face au refus de sa demande de crédit pour construire le barrage d'Assouan, le gouvernement égyptien décida en 1956 de nationaliser ce canal, qui appartenait alors à une entreprise européenne mais qui avait été construit par des ouvriers égyptiens, au prix de lourdes pertes humaines. Cette nationalisation fut à l'origine de la crise du canal de Suez cette même année.

  • Au cours des premières décennies suivant la décolonisation, des organisations internationalesfaisant office de créanciers multilatéraux, telles que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, prêtèrent massivement aux États du Sud. Les fonds étaient souvent destinés à la construction de grands projets d'infrastructure, comme des barrages ou des autoroutes, ou encore au développement d'une stratégie dite d'industrialisation par substitution des importations, qui vise à permettre l'essor d'une production nationale capable de remplacer les importations provenant despays industrialisés. Ces stratégies sont le fruit d'un effort de convergence idéologique autour du concept d'industrialisation, mis en œuvre conjointement par les nations capitalistes, les Étatscommunistes et les nationalistes du tiers monde.
  • Parallèlement, un certain nombre de régimes dictatoriaux, voire néo-coloniaux, imposés ou soutenus par des puissances étrangères, se financèrent massivement par des emprunts utilisés pour mener des guerres civiles ou pour exercer des campagnes de répression à l'encontre de leurs propres populations. En Amérique centrale et en Amérique du Sud, de telles politiques furent conduites au nom de la sécurité nationale, avec le soutien actif des États-Unis auprès de forces armées dédiées au maintien de la sécurité intérieure. Ainsi, les guerres civiles générèrent l'accumulation de dettes substantielles au Guatemala, au Salvador et en Colombie. En Haïti, le régime dictatorial de Duvalier eut recours massivement à l'emprunt, engendrant une dette dont la reconnaissance fut, en 1995, sous la pression des États-Unis, la condition sine qua non du retour du président Jean-Bertrand Aristide alors en exil. Certaines campagnes militaires intrusives, comme les invasions du Timor oriental par l'Indonésie, de l'Angola, de la Namibie et de l'Ougandapar l'Afrique du Sud, ou de l'Iran par l'Irak, conduisirent également à un endettement extrême.

Bon nombre de dettes ont été contractées à la suite du choc pétrolier de 1973 lorsque certains membres de l'OPEP ont décidé une forte augmentation du prix du pétrole qui résulta en un enrichissement considérable des États arabes producteurs, qui choisirent de confier l'argent ainsi généré à de grandes banques occidentales. Comme celles-ci ne voulaient pas laisser dormir ces sommes colossales, elles furent prêtées aux pays du tiers monde : c'est le recyclage despétrodollars.

  • L'octroi massif de prêts entraîna des risques majeurs de défaillance, comme avec le Mexique, qui fut le premier pays à annoncer, en 1982, qu'il n'était plus en mesure de rembourser - situation qui précipita ce que l'on nomme aujourd'hui la « crise de la dette ». Face à l'éventualité de perdre les fonds investis, les créanciers proposèrent de nombreux plans d'ajustement structurel (PAS) pour réorienter fondamentalement les économies des pays en difficulté. La plupart de ces plans préconisaient une réduction draconienne des dépenses publiques à caractère social, la mise en œuvre de politiques d'exportation directe et d'extraction des ressources (en vue de générer un climat d'investissement attractif pour les capitaux étrangers), l'accroissement de la fluidité des flux d'investissement (en remplaçant les investissements directs à l'étranger par l'ouverture de marchés boursiers) et, sur un plan général, des actions législatives favorables aux droits des investisseurs étrangers.

Étant donné le caractère obligatoire de ces plans d'ajustement pour l'accès au crédit et à l'aide au développement en provenance des grands créanciers multilatéraux, et la disparition de l'aide économique soviétique à la fin des années 1980, les plans d'ajustement structurel devinrent un schéma économique prépondérant sur une grande partie de la surface du globe. Accablés par la dette, et incapables d'agir collectivement sur des marchés qui leur étaient défavorables, de nombreux pays en voie de développement se trouvèrent contraints de négocier leur politique économique plutôt que de la définir eux-mêmes. Nombre d'hommes politiques du tiers monde, comme Michael Manley en Jamaïque, affirment qu'ils ont même été obligés de gérer une transition économique forcée, contre la volonté de leur peuple.

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