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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

L'argent "n'existe pas" (monnaies fiduciaires)

Publié le 10 Mars 2015 par Pierrette Roc Diallo

L'argent "n'existe pas" (monnaies fiduciaires)
  • Les économistes admettent communément que le processus de création monétaire bancaire (monnaie de crédit) serait apparu vers le milieu du xviie siècle, à Londres et à Stockholm, quasi simultanément.

En 1640, le roi Charles Ier, en proie à de graves difficultés financières, fait saisirles lingots d'or et d'argent déposés à la Tour de Londres (alors Hôtel des monnaies). Les marchands de la cité réagissent immédiatement en transférant leurs métaux précieux, sous forme de lingots, de poudre ou de pièces, et autres objets de valeur, dans des refuges considérés comme plus sûrs, les boutiques d'orfèvres.

Ils reçoivent alors en contrepartie un reçu nominatif et détaillé, qui leur permet de récupérer à tout moment (à vue. C'est-à-dire sans échéance de retrait), après avoir acquitté un droit de garde modique, les objets mêmes qu'ils avaient déposés. La boutique de l'orfèvre n'est alors qu'une simple consigne bien protégée.

Cependant, ces orfèvres vont peu à peu se transformer en banquiers de dépôt, lorsque leurs reçus ne mentionneront plus que la valeur en livres sterling plutôt que les objets précisément déposés. Cet anonymat est important, car le remboursement peut se faire simplement par prélèvement sur l'ensemble de l'encaisse détenue par la banque, « réserve » composée d'éléments interchangeables.

De plus à partir de 1655, ces certificats de dépôts sont de plus en plus souvent créés pour des sommes rondes et au porteur. Le déposant peut alors remettre en paiement directement le certificat, au lieu d'être obligé de venir retirer les pièces avant de les transmettre au créancier (avec évidemment l'assentiment de ce dernier). Celui-ci pourra à son gré, soit à son tour utiliser ce certificat en tant que moyen de paiement, soit se faire rembourser en espèces au moment et à l'endroit désirés (les orfèvres londoniens disposent alors d'un large réseau de correspondants dans tout le royaume et à l'étranger). Ces deux innovations facilitent ainsi l'utilisation et la circulation des certificats et en corollaire contribuent aussi à retarder les demandes de remboursement en espèces.

Dans un tel contexte, les certificats de dépôts ne font cependant que compenser exactement le montant d'espèces métalliques présentes dans les coffres et retirées de la circulation active. La masse monétaire demeure strictement inchangée, seul l'aspect matériel des paiements est modifié, la circulation de papiers se substituant partiellement à la circulation métallique.

  • Mais les orfèvres vont s'apercevoir que le stock de métaux précieux ne descend jamais en dessous d'un certain seuil pour deux raisons : - en vertu de la loi des grands nombres, à un moment donné les dépôts et les retraits se compensent largement, des dépôts nouveaux tendant à équilibrer les retraits - Les détenteurs des certificats accordent une grande confiance aux orfèvres, de sorte qu’ils en demandent rarement la conversion. Tous les billets ne seront pas présentés à la fois pour être convertis
  • Une couverture métallique à 100 % des certificats est devenue inutile puisqu'une petite encaisse (de l'ordre du tiers semble-t-il à l'époque) suffit à parer aux retraits imprévus.
  • Plutôt que de conserver cet or et cet argent qui « dorment », mieux vaut dès lors les faire fructifier. Face à ce constat, vers 1665, les orfèvres vont alors commencer à émettre des certificats en échange d'un titre de dette et non d'un dépôt d'or ou d'argent. L'orfèvre remet à son client emprunteur, privé ou public, des billets en tout point identiques aux autres.

La valeur faciale de l'ensemble des certificats émis est désormais supérieure à la valeur du stock métallique détenu, la différence représentant la valeur du portefeuille d'effets escomptés (qui figurent dans les avoirs puisque l'orfèvre-banquier conserve dans ses coffres ces reconnaissances de dettes). Il y a bien là création monétaire puisque le volume de moyens de paiement disponibles s'est accru.

  • La banque naît, d’abord sous la forme de changeur puis rapidement sous celle de banque au sens moderne. Venise, républicaine et indépendante, devient la plateforme monétaire du monde. Son succès est basé principalement sur l’arbitrage entre les cours respectifs de l’or et de l’argent entre Orient et Occident. Elle assèche l’argent existant en Europe provoquant de nombreuses difficultés monétaires et par ricochet favorisant les manipulations monétaires. Les rois de France usent de tous les artifices pour fausser en leur faveur le rapport entre valeur nominale des monnaies et teneur en métal.

L’histoire monétaire devient celle de la production relative de l’or et de l’argent et des conséquences de la variation des taux d’échange entre ces deux métaux (ils varieront entre 1 à 7 et 1 à 12 pendant toute cette période)

  • Alors que la monnaie représente déjà une certaine quantité de biens, qu'on ne pourrait pas manipuler aussi facilement, l'étape suivante est la mise en place d'une monnaie de second niveau, qui elle-même représente une grande quantité de monnaie métallique laissée en dépôt en lieu sûr. Ainsi apparaît la monnaie papier (le billet de banque, connu en Chine dès le viiie siècle), qui ne représente originellement qu'une dette payable à vuesous forme de métal ou d'autres biens.

La lettre de change, inventée par les marchands italiens, est une des premières voies de substitution du papier au métal.

  • Jusqu'au xixe siècle, toutes les monnaies sont définies à la fois par rapport à l'or et par rapport à l'argent (métal). Chaque État, en fonction de ses disponibilités métalliques, utilise préférentiellement l'un ou l'autre métal, et se sert de l'autre comme appoint. Les pièces d’or et d’argent notamment, de par leur valeur intrinsèque, circulent fréquemment en dehors de leur pays d’origine. Les découvertes minières et les évolutions financières dans une économie largement mondialisée à l'époque font fluctuer les proportions entre les deux métaux, et le développement de la monnaie papier et du crédit permettent de limiter les besoins de métal, et de supprimer l'argent-métal comme étalon.
  • La Première Guerre mondiale et industrielle avec ses énormes prélèvements en hommes et en richesses en même temps que la déstabilisation totale des relations économiques internationales qu’elle provoque, va signer l’échec des pratiques issues des doctrines dominantes avant guerre et provoquer un renouvellement complet de la pensée monétaire. La main passe aux partisans de l’activisme monétaire et au-delà de l'interventionnisme des États.
  • Les États après guerre ne parviennent pas à rétablir l’étalon-or et doivent faire face à des crises multiples (hyperinflation en Autriche et en Allemagne), récession de 1921 aux États-Unis et dans une grande partie du monde, en même temps que des guerres et des révolutions continuent un peu partout. La conférence d’Athènes au début des années 1920 met en place un système de Gold Exchange, qui fonctionne mal. La tentative de restauration de la monnaie anglaise sur des bases surévaluées provoque une récession. On parle encore « d’assainissement » des diverses monnaies quand la crise de 1929 survient et prouve l’incapacité des banques centrales à éviter la récession. Pour certains 25 elles ont même eu une certaine propension à l’aggraver.

Sur les ruines du modèle prévalent en 1900 s’installe une nouvelle orthodoxie autour de l’œuvre majeure de John Maynard Keynes : « théorie générale de l’emploi de l’intérêt et de la monnaie » publiée en 1936, trop tard pour être d’un intérêt pratique pour sortir de la dépression, mais dont la propagation rapide en fera le guide des politiques économiques d’après guerre. Keynes fait valoir que la loi de Say (pour simplifier : l’offre fournit les moyens de sa propre demande) est fausse et qu’on peut aboutir à des situations de chômage par insuffisance de la demande globale. L’action par les taux d’intérêt pour ranimer la conjoncture est inefficace et il faut une politique macro économique conduite par les gouvernements pour assurer le plein emploi.

Ces idées devenues dominantes à travers le monde conduiront à une extension ininterrompue et massive de la place de l’État dans l’économie et à une hausse corrélative des impôts, de la dépense publique et de la dette publique. En France, par exemple, en 2006, la dépense publique est supérieure à la valeur ajoutée des entreprises du secteur marchand. Ce mouvement général dans les économies développées suscitera une réaction conservatrice.

L’étalon-or exclusif, pratiqué jusque là principalement par le Royaume-Uni, connaîtra une période de vie universelle relativement courte : 40 ans. L’argent reste en circulation comme pièces mais n'est plus étalon de valeur. Il s’agit d’un système international auto régulé qui marche effectivement comme la théorie le veut : quand un pays est en déficit commercial (croissance trop forte de sa consommation par rapport à sa production), il se vide de son or et le crédit se renchérit ; la consommation est poussée vers le bas, la production voit sa rentabilité croitre et l'équilibre peut se rétablir. En sens inverse les économies recevant de l’or voient leur crédit augmenter ainsi que les affaires et les prix.

  • La guerre de 1914 signe la mort programmée de l’étalon-or. Contrairement aux illusions, la guerre se révèle longue, couteuse et très nuisible à l'activité économique, donc aux bases fiscales et aux revenus des états. Le crédit international et la planche à billet sont mobilisés : les états belligérants suppriment la convertibilité des monnaies en or et en assurent la collecte auprès des particuliers. L’or quitte les coffres européens pour les pays fournisseurs et notamment les États-Unis, où les autorités fédérales mises en place en 1913 (en particulier la FED) tentent par tout moyen d’éviter que l’afflux d’or ne provoque un excès de création monétaire et d’inflation.

Au sortir de la guerre revenir immédiatement à l’étalon-or signifierait prendre acte de l'appauvrissement colossal des belligérants et l'enrichissement (relatif) des États-Unis et autres pays fournisseurs (Argentine, etc.). Or, si le développement de l'économie américaine suscite un besoin de monnaie qui lui permet aisément d'absorber l'or européen, à l'inverse l'Europe fait face à un grave problème : impossible de rembourser en or les monceaux de dettes accumulés, mais impossible d'annoncer froidement aux épargnants qu'il ne reverront pas leur or (et qu'ils doivent se serrer la ceinture).

  • En 1922 (accords de Gênes) on met en place un système dit d'Etalon Change-Or (Gold Exchange Standard ou GES) établissant une certaine parité entre les monnaies et l'or.

Le système de 1922 ne résiste pas très longtemps. La crise de 1929, la seconde guerre mondiale et chaque crise subséquente seront l'occasion de fuir en avant toujours plus loin dans la fiduciarisation de la monnaie. Les recettes sont toujours les mêmes : planche à billet, contrôle des changes, suspension de la convertibilité, dévaluation, retour à la convertibilité et assouplissement du contrôle des changes, avant le cycle suivant.

  • En 1976, cent ans après la démonétisation de l’argent, la conférence internationale tenue les 7 et 8 janvier 1976 à Kingston conclue aux accords de la Jamaïque et entérine la disparition de l’or comme étalon monétaire, le cours des différentes devises devenant officiellement flottant.

La monnaie scripturale (utilisé pour les dépôt à vue) a la particularité unique de pouvoir être créée "ex nihilo" (à partir de rien, mais en réalité en contrepartie d'engagements économiques).

Depuis plus de 20 ans la monnaie n'est plus du tout garantie par de l'or en réserve. On dit que l'argent s'est dématérialisé: ce qui explique en partie la montée en importance des comptes courants détenues par les ménages.

On commence à voir apparaître des moyens de paiements électroniques :

  • carte bancaire

  • Moneo

  • paypal

  • Google Checkout

  • paiement biométrique

Cette dématérialisation a pour but de renforcer la sécurité du consommateur et de réduire le temps d'attente des clients.

Les incertitudes actuelles

La crise bancaire et monétaire qui se développe depuis l’été 2007 est traitée par des moyens monétaires (l’injection massive de liquidité) et macro économiques (déficit record, plan de relance d’investissement, distribution de pouvoir d’achat par baisses fiscales) qui privilégient les thèses de Keynes face à celles de Milton Friedman.

Dans un contexte de changes flottants, de mondialisation quasi totale des échanges et de perfectionnement des produits financiers, la théorie monétaire, largement émiettée, ne permet pas de préjuger de leur validité.

  • Dans les économies modernes, les comptes en banque de dépôts à vue, ou dépôts de monnaie scripturale, sont constitués de monnaie fiduciaire, représentative d'une somme en monnaie légale qui n'est elle-même que de la monnaie fiduciaire de la banque centrale.

La valeur de la monnaie fiduciaire ne repose plus que sur la confiance.

Comme je le disais, si vous venez chercher "de l'argent" en France..... Vous venez chercher une illusion, souvenir de l'époque où la monnaie était garantie par l'or.

L'argent n'existe plus....Toutes les transactions se passent par jeux d'écritures informatiques.

.... Et ces écritures passent souvent en négatif.

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