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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

Domestiques en France

Publié le 30 Mai 2015 par Pierrette Roc Diallo

Domestiques en France
Les gens de maison sous l’ancien Régime

Sous l’ancien Régime, c’est-à-dire sous la Royauté avant la révolution de 1789, malgré l’apparente division des ordres, la société est bien plus mélangée que par la suite. La conception de famille et d’intimité, qui donne une place différente à ces membres et aux domestiques, n’a pas encore émergée. A ce moment, la vie professionnelle, privée et mondaine n’est pas séparée.

Les valets et femmes de chambre dorment près de leurs maîtres. Les enfants jouent avec les serviteurs dans une grande familiarité. Le mépris des tâches matérielles n’a pas cours dans un quotidien qui en dépend entièrement.
Les domestiques représentent une catégorie sociale importante (de par leur nombre, leur rôle, leurs liens étroits avec leurs maîtres) et diversifiée. Aux gens de maison (laquais, valets et femmes de chambre, cuisiniers, cochers, lingères, palefreniers, gouvernantes, intendants, secrétaires, précepteurs, majordomes...) s’ajoutent la domesticité agricole (valets de labour, filles de ferme, vachers, bergers, charretiers...).

Le personnel de maison au XIXème siècle

Au XIXème siècle, surtout à partir de la révolution industrielle, qui a fait basculer une société agraire et artisanale vers une société industrielle et commerciale, le statut des gens de maison a définitivement changé. Des distances se sont installées entre le personnel de maison et leur maîtres. La livrée, dont les boutons sont gravés aux initiales ou aux armes du maître, l’emploi de la troisième personne pour s’adresser aux maîtres.

Quantitativement, la domesticité va diminuer. Sous la royauté, un « grand » pouvait avoir un personnel de maison d'une cinquantaine de domestiques, un petit bourgeois en avait tout de même une dizaine. Dans la deuxième moitié du XIXème siècle, la répartition est tout autre. Certes des aristocrates et de riches personnages ont un personnel de maison d’importance, mais de plus en plus de foyers peuvent accéder à ce service. L'élévation générale du niveau de vie donne l’accès à un grand nombre de personnes au statut de petite bourgeoisie. Ainsi, dès qu’un ménage a un peu plus de revenu que nécessaire pour assurer sa subsistance, il prend une bonne à tout faire. C’est un signe de promotion social qui vous extrait de la classe sociale des pauvres. Plus tard, à la fin du XIXème siècle apparait des femmes de ménage indépendantes, payées à l’heure, ce qui permettra à des foyers plus modestes d’avoir une employée de maison.

En 1881, il y a 1 156 000 gens de maison dont 70% de femmes, soit 6,5% de la population active. Après cette année-là, leur nombre va en diminuant, en plus forte proportion chez les hommes.
Les employeurs sont principalement des aristocrates, de grands industriels, de grands propriétaires, des banquiers, des diplomates, puis des industriels moyens, des commerçants, des petits propriétaires, et une nouvelle petite bourgeoisie.
Les avocats, médecins, magistrats, pharmaciens, ingénieurs, architectes, savants, journalistes, professeurs, instituteurs, retraités, rentiers sont des professions qui sont souvent dotés d’un personnel de maison.
Les domestiques, eux, sont majoritairement des ruraux. En province, ils sont recrutés dans la région et peuvent occuper ces métiers de façon provisoire. Cela peut représenter une sorte d’apprentissage, le moyen de se constituer une dot pour les filles avant d’emprunter d’autres voies ou pas. Par contre, lorsqu’un breton, par exemple, part pour Paris, le voyage est souvent définitif. La condition de domestique étant extrêmement accaparante et les trajets forts onéreux.

Pour trouver des domestiques pour son personnel de maison, il existe (et finalement existe toujours) deux méthodes. Demander à une relation ou à ses propres domestiques qui peuvent vous suggérer un membre de sa famille ou une de ses connaissances dans le milieu des gens de maison, soit s’adresser à un bureau de placement.

Les bureaux de placement existent depuis le XIIIème siècle. Ils ont évolué jusqu’au XIXème siècle, où leurs pratiques vont de douteuses à scandaleuses. Dans certaines, les jeunes et belles servantes ne sont pas toujours recrutées pour le personnel de maison d'une demeure bourgeoise mais pour des maisons où elles assureront d'autres services payants. Dans tous les bureaux de placement, le service est payant. Le domestique postulant doit s’acquitter d’un droit d’inscription de 0,5 à 2 Francs en province et de 2 à 5 francs à Paris. En plus, si le placement se concrétise, ils donneront 3% des gages d’une année. Par la suite, des bureaux de placement municipaux tentèrent de se substituer à ceux du privé. Il fallut quelques dizaines d’années, après des échecs, pour que ces bureaux municipaux, qui font payer l’employeur pour trouver un domestique, ne s’imposent.

Les conditions de travail de la domesticité

Il y a une différence énorme entre le personnel de maison des petits bourgeois et ceux des grandes maisons de la haute bourgeoisie et de l'aristocratie.

Les grandes maisons aristocratiques et de la grande bourgeoisie

Dans les grandes maisons où le personnel de maison est très important, entre quinze et trente domestiques, le travail est organisé et surveillé. La maîtresse de maison donne les ordres pour la journée et délègue l'organisation des tâches au maître d'hôtel (à l’époque le maître d’hôtel semble avoir souvent le rôle d’un majordome d’aujourd’hui et ne se contente pas de régner que sur la table) qui est chargé de coordonner les différents travaux. Le rythme de travail est moins éprouvant et les maîtres sont bienveillants envers leurs domestiques. Ils ont plus de congés que dans les petites maisons.
Les domestiques, au service d'une famille aristocratique, se sentent membres de cette famille et donc d'une caste privilégiée. Par répercussion, ils participent à leur train de vie. Ils sont partie prenante du quotidien raffiné de leur maître, ce qui donne du lustre à leur existence. Par exemple, le domestique servant lors d’une soirée organisée par son maître, il est en représentation, il est plus que lui-même, il représente le statut social de son maître, son élégance, son pouvoir, et cette situation est plus valorisante que de travailler dans l'ombre. Ceci est encore plus vrai pour celui qui se trouve au sommet de la hiérarchie comme le maître d'hôtel. Sa fonction lui donne le sentiment d'approcher la caste des puissants. Par conséquent, il n'est pas rare d’observer un comportement snob chez certains d’entre eux, ce qui les éloignent et les désintéressent des mauvaises conditions réservées aux domestiques des petites maisons.
La femme ou le valet de chambre ont un rapport d’intimité avec leur maître. Il s'installe entre eux une complicité. Ils ne sont presque plus des serviteurs, mais des amis.
Souvent, ces grandes familles oublient leur supériorité sociale. Ils commandent leurs domestiques, mais ils le font bien, avec justice, bienveillance et respect. Ils leur accordent leur amitié. C’est ainsi que la domesticité dans ces grandes maisons reste souvent de très nombreuses années, voire toute une vie, voire de génération en génération. Le personnel de maison est bien traité et les possibilités de promotion sont plus importantes que dans les maisons de moindre importance.

Au sein de ces maisons, le perseonnel de maison peut être identifié en deux grands services, regroupant eux-mêmes cinq services.

Le service à la personne :
La chambre, avec la femme de chambre et le valet de chambre.
L’enfance, avec la nourrice, la gouvernante, institutrice ou précepteur…

Le service de la maison :
La bouche, dirigée par le chef, aidé de cuisiniers, de pâtissiers, de rôtisseurs, de sauciers, de marmitons, de filles de cuisine…
La table et les appartements de réception, dirigés par le maître d’hôtel (majordome) assisté par des valets de pied chargés du nettoyage et des garçons et filles d’office.
Les appartements privés et le linge de maison, dirigés par la femme de charge qui commande les lingères et les femmes de chambres chargées du ménage.
Les écuries, avec les cochers, les palefreniers, le chauffeur.

Ces catégories du personnel de maison ne se considèrent et ne sont pas considérées de la même manière. Les cuisiniers ne se sentent pas des domestiques. Le maître d’hôtel, dirigeant une ribambelle de valets et réglant le cérémonial bourgeois à table et en dehors se juge avec importance. Les valets et femmes de chambre, au plus proche de leur maître, de leur intimité, de leurs secrets, se considèrent comme de la famille, de même que les personnes chargées des enfants, plus instruits et parfois se vivant comme des seconds parents. Les cochers puis les chauffeurs sont plus indépendants de par leurs fonctions. Ensuite, vient la cohorte de marmitons, de valets et autres, moins haut hiérarchiquement.

Dans les maisons moins riches, de petite bourgeoisie, le personnel de maison est moins qualifié et le cumul des fonctions est très courant. Il n’y a qu’une personne à la cuisine qui peut aussi aider aux gros travaux. Le valet de chambre, peut être aussi le maître d’hôtel et le cocher. Le service est pénible d'autant plus qu'il est souvent mal organisé par la maîtresse de maison.
Et dans les maisons encore plus modestes, pour tout personnel de maison, il n’y a qu’une bonne à tout faire qui fait tout. Elle s'occupe de l'entretien de la maison, des repas et des enfants. Selon son maître, sa condition peut variée fortement jusqu’à être proche du bagne. Elle peut ainsi travailler de 7 h à 11 h du soir, soit seize heures, voire plus, sans journée de repos, si ce n’est un jour ou un après-midi par mois. Il n’y a pas de congé annuel. Certains maîtres leur permettront de s’absenter pour aller au chevet d’un parent malade ou même mourant, d’autres non. Pour certains maîtres, le mariage de leurs domestiques n’est pas forcément vu d’un bon œil, et encore moins la venue d’un enfant. Ce ne sont que des distractions qui pourraient les détourner de leur devoir. Parfois, le père de l’enfant peut être aussi le maître de la maison…
Pour ces bonnes à tout faire, seules domestiques dans une maison, les tâches à accomplir sont particulièrement rudes. Par exemple, quand il faut monter le charbon, cirer les parquets, laver le linge dans des conditions malsaines, etc. Certaines d’entre elles, accumulant ces corvées éprouvantes, isolées chez leur patron, ne pouvant se lier avec eux ni n’ayant le temps de voir des amis, en perdent la santé, voir la raison et sont renvoyées au profit d’une servante plus jeune. Le système de retraite n’existant pas, elles finissent leurs jours dans des hospices.

Mais rappelons que tout n’est pas aussi noir pour le personnl de maison. Dans de bonnes maisons de la haute bourgeoisie et de l’aristocratie, les domestiques sont bien mieux traités, et du fait de leur nombre, le travail est un peu moins rude, les rapports sociaux entre eux sont plus épanouissants. Certains maîtres garderont une domestique malgré son âge et son incapacité à accomplir une réelle besogne. Ils s’occupent de ces domestiques qui les ont servis durant de si longues années. En quelque sorte, ils se substituent au système de retraire inexistant.

La rétribution du personnel de maison

Le salaire des domestiques est en trois parties. La nourriture, le logement et les gages.

Pour les gages, ils sont composés d’une somme négociée lors du contrat d’embauche, plus diverses gratifications et étrennes. Bien sûr, leur montant varie suivant la fonction, plus ou moins spécialisée, plus ou moins haute hiérarchiquement, l’ancienneté et la qualification du domestique, le niveau social du maître.
Dans les grandes maisons, le personnel de maison est important, très hiérarchisé, qualifié et donc mieux rémunéré que dans les maisons de moindre importance.
De par les responsabilités du chef ou de la cuisinière, du majordome ou maître d’hôtel, dans l'organisation de la maison et du service, ces postes sont les mieux rémunérés. Une bonne cuisinière peut toucher 80 F à 100 F par mois en 1910. Un maître d’hôtel 120 F.
Pour la première femme de chambre et le premier valet de chambre, plusieurs éléments rentrent en compte. Ils ont montés les autres grades hiérarchiques qui sont avant. La première femme de chambre possède des qualités comme l'art de coiffer et de coudre en finesse, Ils sont des domestiques privilégiée de par la proximité avec leur maîtres. Ils partagent leur intimité, ils touchent leur corps. En 1910, elles peuvent gagner de 60 F à 70 F et le valet de chambre, 80 F au minimum.
La nourrice, dans une grande maison est celle à qui l’on confie l’avenir de sa famille, ses enfants. Elle a donc un bon salaire, jusqu’à 100F en 1910. La gouvernante et l'institutrice, chargées de l'éducation des enfants, occupent aussi une position privilégiée.
Le chauffeur est également bien payé.

Pour la nourriture, le personnel de maison, les domestiques sont finalement, dans le prolétariat français, les mieux nourris. Ils sont nourris certes, mais en plus il bénéficie des restes de la table de leurs maîtres et pour certains (poussés des fois par des maîtres trop avares) ils subtilisent une part de la nourriture, ce qui malgré les comptes minutieux des maîtres est toujours possible. Ils bénéficient également du « sou du franc », une sorte de remise sur les sommes dépensées, que leur accordent les commerçants et fournisseurs pour les inciter à se fournir chez eux. Malgré la réprobation des maîtres, ils ne pouvaient empêcher ce système, quitte à faire leurs courses eux-mêmes.

Pour le logement, ils sont par contre au même niveau d'insalubrité que les autres prolétaires. Ils sont cantonnés au dernier étage, dans des chambres minuscules, à peine éclairées par un châssis à tabatière, avec un seul point d’eau et un seul cabinet d’aisance au bout du couloir. En hiver, sans chauffage, ces chambres sont glaciales, en été elles sont brûlantes. Dans un tel contexte, les maladies comme la tuberculose ou même l’usure des corps face à la rudesse de ces conditions de vie, sont le lot des domestiques.

La condition du personnel de maison s’améliorera par la suite. Leur travail journalier aura des horaires et ne sera plus extensible. Leurs logements, surtout après la seconde guerre mondiale seront plus salubres. Ils seront soumis à la loi des accidents de travail, puis après la première guerre mondiale, à toute la législation du travail. Après 36, ils bénéficieront des congés payés.

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