Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

Le servage en France

Publié le 30 Mai 2015 par Pierrette Roc Diallo

Le servage en France

Un des plus grands crimes des hommes contre l'homme est assurément l'esclavage. Pendant des siècles, sous diverses formes, un système d'asservissement mis en place comme un élément essentiel de l'organisation de la société a considéré des hommes comme des objets ou des bêtes. Pour ce qui est de l'Europe, on en est arrivé au servage qui a vu des hommes plus forts, mieux organisés, s'approprier des terres et créer des castes pour asservir la majorité des populations. Aucune raison ne peut justifier ce crime global qui autorisa pendant des siècles tous les crimes sur la personne. La force militaire, la loi, la religion, un code moral particulier, ont organisé, couvert, justifié ce système.
L'empire Romain s'était constitué en faisant marcher des armées hors de Rome pour occuper des territoires, asservir leurs populations et piller leurs richesses. L'Empire s'est effondré quand le pouvoir central s'est affaibli, qu'il n'y avait plus de conquêtes. C'est ce modèle que tous les rois de France ont voulu suivre. On était puissant quand on avait beaucoup de terres à faire cultiver par beaucoup de paysans privés de toute propriété et de toute liberté.
Quand plus tard, après la découverte de l'Amérique, les Européens et les hommes d'origine européenne, après avoir accompli l'extermination du peuple d'origine, ont organisé la traite et le commerce triangulaire en asservissant les populations africaines, ils avaient le modèle de l'esclavage antique, de l'esclavage méditerranéen et du servage.
Qu'est-ce que le servage en France?
Pour ne parler que du "servage des temps modernes", ce système a trouvé son complet établissement en France dès le IX° siècle avec le régime féodal. Le servage signifie que des hommes ont asservi, contre tout droit, des hommes plus faibles sans distinction de race.
Le servage qui fixait des hommes à la terre qu'ils devaient cultiver correspondait à une modernisation pour la production des biens alimentaires. Il s'agissait de se prémunir des grandes famines fréquentes à l'époque. L'affaiblissement du pouvoir royal avait permis aux comtes chargés de gérer la propriété royale, d'accaparer pour leur propre compte des pans entiers du domaine royal. L'église par donation, accaparement ou héritage avait aussi un grand domaine. C'est de cette façon que se sont constitués les grands domaines fonciers car la nature et la seule naissance n'ont jamais donné des terres à personne.
Il n'y a pas de justification légitime à l'organisation du servage.
_____________________________________________________________
On parle aujourd'hui d'autodétermination. Mais songeons qu'il n'y a pas si longtemps, dans les traités, on livrait des territoires avec leurs populations; et cela se fera encore. A l'occasion d'un mariage, on donnait un pays entier en dot sans l'avis des personnes. Le roi des Belges Léopold II que les livres d'histoire belges présentent comme un grand bienfaiteur du Congo, s'était décrété propriétaire privé du Congo et de sa population, y établissant un vrai régime esclavagiste, et maintenant les peuples dans l'illettrisme. De la même façon, toutes les "découvertes de terres nouvelles", tous les envahissements de territoires coloniaux partent de l'idée que certains groupes humains ont un droit à la rapine, au vol, au massacre parfois, et à la mise en servitude de certaines populations. Cela n'a jamais chagriné personne même au 20° siècle.
Tous les problèmes actuels qui amènent des guerres ouvertes ou larvées ici et là dans le monde viennent de ce que la mise en coupe des richesses des populations plus faibles a trouvé des formes modernes plus subtiles et que ces populations sont moins dociles à se laisser faire. Il reste qu'un petit nombre de pays sans ressources naturelles tirent une bonne part de leurs richesses et de leur bien-être du pillage sans partage des ressources des pays pauvres. Cela ne pourra pas durer.

On devenait serf par la force d'un autre qui s'appropriait les terres et y établissait sa loi. Cet homme qui se déclarait "Seigneur" avait avec lui des hommes d'arme en face de la majorité des populations sans terre, sans organisation et sans moyens de résistance.
L'Eglise avait ses serfs et trouvait la justification de ce droit dans les écritures saintes. Il existerait des hommes sans personnalité, sans dignité humaine qui seraient nés pour servir une caste de seigneurs.
Voici un aperçu succinct de la "charte" du servage-
1- Le serf ne possédait rien qui pût lui appartenir. Il détenait et travaillait pour son maître.
2- Il était attaché à la terre. C'est le villain (la villa étant la propriété agricole).
3- Il devait pourvoir à sa subsistance par le fruit de son travail selon les exigences arbitraires du seigneur.
4- Le serf ne pouvait ni acquérir, ni posséder, ni succéder ou tester. Quand plus tard cette dernière restriction fut adoucie, le seigneur avait la propriété de ce qu'un serf sans enfant légitime pouvait laisser ( droit de mortaille).
5- Le serf n'avait aucun droit civile ou politique. S'il chaussait des éperons pour tenter de monter à cheval, on les lui brisait sur un fumier.
6- Il lui était interdit de sortir de la terre pour aller s'établir ailleurs. Le seigneur avait le droit de le reprendre pour le ramener sur ses terre (droit de suite).
7- Il ne pouvait s'éloigner avec l'accord du seigneur, qu'après avoir payé une somme imposée.
8- Le serf ne pouvait se marier qu'avec une personne de sa condition et appartenant à son maître. Il ne pouvait déroger à cette règle qu'avec l'accord du seigneur et après avoir payé un droit ou formariage.
9- Les enfants nés de deux serfs appartenant à deux maîtres différents étaient partagés entre les seigneurs comme du bétail.
Le seigneur qui avait reçu ainsi une serve, devait en donner une autre "de valeur égale" en compensation, ou livrer des bêtes pour équilibrer la perte ainsi occasionnée à l'autre.
10- Le travail que le serf devait fournir était fixé "à sa fantaisie" par le seigneur suivant un usage considérablement variable .
11- En général le serf était "taillable et corvéable à merci" Dans certains cas, il était abonné, et payait une redevance fixe en argent ou nature sans tenir compte souvent des aléas climatiques et de la production réelle.
12- Au 13° siècle, le serf pouvait être mis en prison "à tort ou à raison"
13- toute personne qui se trouvait occasionnellement sur une terre devenait propriété du maître de cette terre.

On peut penser que le seigneur avait intérêt à garder une bonne relation avec ses serfs afin de se mieux protéger de leur fuite de leur découragement, de leur emprisonnement improductif ou de la maladie. Il entretenait ainsi leur ardeur au travail. On a dit la même chose des esclaves de la traite. En réalité la passion, le mépris, le pouvoir ... tout cela faisait que souvent le maître se montrait exigeant et cruel. Ce que nous savons de la condition des esclaves de la traite se passait aussi dans l'esclavage antique et sous le servage.
Au 13° siècle, il existait des loi protectrices contre les mauvais traitements. Mais il en était comme du Code Noir qui codifiait un système inique. Les actions étaient hors de portée des serfs et les seigneurs ne pouvaient se déjuger entre eux. Le plus souvent, ces lois étaient sans effet; le serf était entièrement livré à son seigneur "corps et âme".

L'institution du servage a pesé durant des siècle en France et dans la plus grande partie de l'Europe ; elle n'en est pas moins une pratique criminelle. Le servage a disparu graduellement par suite des progrès de la civilisation et des insurrections de plus en plus fréquentes et violentes des populations. Ce qui a aidé aussi à l'effritement ici et là et de manière inégale, de cette institution depuis une certaine époque, est le besoin d'argent de plus en plus pressant des propriétaires qui ont eu à financer les croisades ou leurs ambitions. Cela a permis a beaucoup de paysans d'acheter leur liberté. En outre, certains seigneurs désirant partir ailleurs pour fonder au loin des établissements nouveaux abandonnaient leurs terres qu'ils pensaient ne jamais revoir. Certains serfs en ces temps de ferveur chrétiennes se croisaient avec leurs seigneurs.

En Pologne, l'influence française fait disparaître le servage en 1807. Mais c'est la constitution de 1791 qui porta le grand coup à cette institution qui va durer en Russie jusqu'en 1906; une réforme trop tardive pour empêcher la chute du régime avec les conséquences qu'on sait.

L'abolition su servage en Europe est l'effet de la Révolution de 1789 avec l'abolition des privilèges usurpés par les individus, les familles, les clans dominants de la société qui ont créé le principe de "classes d'hommes". Dans les Balkans, En Espagne, en Italie, le servage n'aurait aucune raison de disparaître d'un coup.
Qu'en est-il aujourd'hui de la relation avec la terre de celui qui l'exploite et n'en est pas le propriétaire? Le Métayage est un contrat réglementé entre le propriétaire de la grande propriété et l'exploitant. Dans ce cas, le bailleur partage avec le cultivateur les aléas de l'exploitation puisque le loyer est une part du produit.: En général 1/3 pour le propriétaire, 2/3 pour le métayer.
On peut remarquer que le système de classe reste encore dans les mentalités. On voit chaque jour des personnes, et des institutions qui font la révérence de gestes et de paroles à l'égard de certains en raison non de leur mérite, mais du seul nom qu'ils portent et qui a été celui d'un oppresseur. Les classes sociales dans la France moderne gardent encore la trace d'une organisation révolue. C'est bien la preuve que ce terrain de la liberté et de l'égalité est à reconquérir chaque jour.

Commenter cet article