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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

Le victimisme au service des tyrans et leurs comparses

Publié le 30 Mai 2015 par Pierrette Roc Diallo

Le victimisme au service des tyrans et leurs comparses

Le victimisme au service des tyrans et leurs comparses

Le scénario est devenu banal :un tyran non-élu s'accroche au pouvoir et se cache dans un bunker, tout en massacrant son propre peuple. Qu'il s'agit de la Côte d'Ivoire, de la Tunisie, de l'Égypte, ou de la Syrie, les cas se ressemblent. Pourtant, dans chaque cas, le tyran et sa faction se posent en victimes. Selon eux, quand l'armée de Gbagbo massacre des femmes manifestantes à Abobo, quand l'armée de l'air d'Assad détruit un hôpital civile à Alep, ou quand un régime en Afrique du nord tue des manifestants, les victimes, ce sont le tyran lui-même et ses sbires.
Mais comment est-ce que cette déformation de la réalité peut exister? Quelles sont les implications de l'utilisation contre-intuitive du victimisme par les tyrans?

Évidemment, un tyran ne monte pas à l'estrade pour déclarer, "Je suis un tyran non-élu. Mes sbires et moi, nous allons vous spolier parce que nous croyons que vous, la population, vous êtes des imbéciles et des lâches. Je vais m'accrocher au pouvoir, même si ça veut dire que je dois tuer des milliers de civils et attiser la haine intercommunautaire."

Puisque c'est impossible de dire cette vérité, un tyran et ses comparses ont besoin d'un ennemi commun pour réunir tout le monde derrière le monstre dans le palais présidentiel. Un ennemi commun, c'est une distraction formidable pour détourner l'attention de leurs crimes. L'ex-puissance coloniale, le pays voisin, le juif, une ethnie interne... le tyran doit choisir son bouc-émissaire, une entité qui existe pour expliquer l'échec économique, le manque de liberté, et l'autoritarisme.
Pour les comparses du tyran aussi, le faux victimisme constitue un pilier important de leur pouvoir. Le fait d'avoir un ennemi en commun leur permet de s'ériger en défenseurs de la nation. Même si cette farce ne trompe personne individuellement, ils peuvent tous imaginer que les autres sbires le croient, ce qui rend le groupe plus résilient.

Donc, même dans les cas où personne ne croit que la France veut reconquérir l'Afrique, ou que l'état juif se cache derrière chaque problème, l'idée milite quand même contre l'émergence de la démocratie et de l'état de droit.


Il y a aussi des individus qui ne font pas partie de l'élite, mais l'occasion d'avoir un bouc-émissaire représente une occasion trop alléchante: ceci explique leurs échecs personnels. Leur faiblesse, leur incompétence, leur ignorance... c'est la faute de quelqu'un d'autre.


Pourtant, le victimisme devient une religion liée à leur place en haut de la hiérarchie sociale. Il donne trop d'avantages pour ne pas se laisser convaincre, surtout pour les comparses sans la moindre honnêteté ou courage intellectuel.

Mais est-ce un phénomène nouveau? Non. En effet, jusqu'à aujourd'hui, notre jeune siècle a surtout vu la réapparition d'éléments présents dans l'histoire du XXe siècle.

Par exemple, dans le monde arabe, il a toujours été un fait établi que n'importe quelle difficulté est la faute d'Israël. Qu'il s'agit de la misère, du mauvais temps, ou du chômage, c'est automatiquement la faute de l'état juif. Selon les médias locaux (ou européens), selon les sermons et les écoles, le diable juif se cache partout. Ceci a permis aux tyrans de rester en place pendant des décennies. Mais à partir de 2011, même s'ils sont trop fiers et intoxiqués pour l'admettre, des gens découvrent que peut-être ce n'est pas le juif derrière chaque problème. Peut-être que leurs propres tyrans jouent un rôle, eux aussi.


Effectivement, il faut du temps pour la désintoxication.

À titre d'exemple, en Côte d'Ivoire, des fanatiques pro-tyran (pro-Gbagbo) restent dans la chambre de réverbération, où ils n'entendent que leurs propres voix. Pourtant, petit à petit, les gens trouvent la réalité. Un noyau fanatique persiste très longtemps, tout comme il y a toujours quelques néo-nazis en Allemagne. Mais si on reste dans le soleil, la très grande majorité des gens finissent par ouvrir les yeux.


http://xn--sngal-bsab.com/senegal/senegalais/2012/aout/22/

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