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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

Les antiesclavagistes français (2)

Publié le 29 Octobre 2015 par Lu Nienne Diallo

Les antiesclavagistes français (2)

* Des interdictions ponctuelles, partielles et localisées

- La première abolition connue fut celle de l’archonte grec Solon au vie siècle av. J.-C.1. Sa législation, la seisakhtheia ou « libération des dettes », ne concernait cependant qu’une catégorie très particulière de la population, les citoyens athéniens asservis pour dettes. Elle interdisait toute créance garantie sur la personne du débiteur, mais également la simple vente d'un Athénien libre, y compris par lui-même. Solon essayait d'enrayer la crise économique et sociale que traversait Athènes : l'esclavage pour dettes des paysans prenait de telles proportions qu’il mettait en danger le fonctionnement de la cité. Toujours pendant la période antique, les Esséniens auraient condamné l'esclavage si l'on en croit Flavius Josèphe.

Nota : les esséniens sont une population dont Jésus était issu.

- Il semble que le déclin prononcé voire la disparition de la vente d'esclaves en France date du VII ième siècle.

La tradition établit un lien entre ce phénomène et les décisions de Bathilde, reine des Francs et régente du royaume. Anglaise de souche royale, elle connaissait elle-même la servitude lorsqu'elle avait débarqué dans le royaume qu'elle devait bientôt diriger, sans doute enlevée par des pirates barbaresques.

Achetée par le maire du palais de Neustrie, elle se vit libérée de son état de servitude par l'intérêt que lui portait le roi Clovis II.

Une fois devenue veuve en 656, elle assuma le rôle de régente pour son fils de cinq ans et aurait à cette époque aboli la traite.

- Si aucun document ne permet de dater à coup sûr l'abolition de la vente d'esclaves, il semble bien que le reflux et la disparition de ces trafics corresponde au VIIème siècle. À partir du VIII ième siècle, l'esclavage rural, hérité de l'Antiquité, fut progressivement remplacé par le système du servage en Europe occidentale.

Aucune législation ne vint cependant mettre un terme officiel et général à cette pratique.

- Dans le royaume de France, l'Édit du 3 juillet 1315 de Louis X le Hutin, proclama que le sol de France affranchissait quiconque y posait le pied.

On trouve des traces tardives et ponctuelles de l’application de ce texte par les parlements français au XVI ième siècle : à Bordeaux, en 1571, il est invoqué pour justifier la libération d’une cargaison d’esclaves africains, transportée par un négrier normand.

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L'application de l'ordonnance royale demeura cependant strictement circonscrite au territoire européen, ne remettant à aucun moment en cause la participation active de Français au commerce triangulaire et à la mise en place d'une économie esclavagiste dans ses colonies antillaises. Avec le développement de la traite, la législation évolua sur le sol de la métropole dans un sens de plus en plus défavorable aux esclaves : l'automaticité de l'affranchissement fit place à la tolérance de l'esclavage (édit d'octobre 1716)8 puis au strict contrôle du séjour des Noirs (déclaration royale de 1738).

* De la liberté des Européens à celle de l'Homme en général

C'est pourtant à cette époque, à partir du milieu du XVIIIe siècle, que le basculement décisif en faveur d'une dynamique abolitionniste se fit jour en Europe, à la faveur d'une « profonde révolution morale contre la traite et l'esclavage ».

Même si ces deux mouvements, légitimation toujours plus nette de la traite d'un côté, émergence d'un discours abolitionniste puissant de l'autre, semblent être contradictoires, ils ne le sont qu'en apparence, dans la mesure où ils puisent aux mêmes sources de l'affirmation de la liberté individuelle.

Loin de constituer un phénomène indépendant surgi ex nihilo et sans antériorité dans les consciences européennes, le basculement des Européens du côté de l'abolitionnisme ne fut que l'aboutissement de mutations progressives des mentalités européennes sur le temps long.

Les historiens perçoivent un changement de perspective dès le XI ième siècle, mais plus nettement encore au XIX ième siècle, lorsqu'il s'avéra impossible de « faire revivre le servage ou même l'esclavage lors de la crise de main-d’œuvre qui suivit la peste noire ».

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À cette époque, malgré les nécessités du temps, il est clairement impossible d'envisager l'asservissement d'un Européen par un autre Européen.
En fait, cela doit être mis en relation avec l'idée que tout processus d'intégration politique et sociale au sein d'un groupe entraîne l'impossibilité de l'asservissement au sein de ce groupe et inversement la désignation d'un « Autre », extérieur à la communauté, qui lui paraît tout désigné pour jouer le rôle de l'esclave.
C'est ce phénomène qui explique, pour une part, à la fois la réforme de Solon à Athènes au
VI ième siècle av. J.-C. ou l'ordonnance de Louis X le Hutin de 1315.

Or, la fin du Moyen Âge correspond en Europe à un temps d'émergence de plus en plus affirmé à la fois de l'idée nationale et de celle de liberté individuelle excluant tout asservissement.

L'affirmation de la solidarité des insiders, qu'il s'agisse d'Européens chrétiens (les deux termes sont pour l'essentiel synonymes à cette époque) ou a fortiori de sujets du royaume de France ou d'Angleterre, facilite la désignation des outsiders comme « esclaves par nature ».

Évidemment, la liberté individuelle reconnue aux insiders peut paraître contradictoire avec l'asservissement d'un autre être humain. C'est d'ailleurs l'émergence, à partir de cette liberté individuelle au sein de la communauté, de celle, plus large, de l'Homme en général qui mettra à mal les fondements du principe esclavagiste au XVIII ième siècle.

Reste qu'il semble bien que « cette idée, laïque, selon laquelle tous les hommes sont libres au sein d'une même communauté politique a, dans un premier temps, facilité l'esclavage des autres, avant de contribuer à saper les bases idéologiques du système esclavagiste »

David Eltis résume ainsi cette idée en soulignant que « la liberté telle qu'elle se développa en Europe rendit d'abord possible l'esclavage aux Amériques, et ensuite conduisit à son abolition », les forces ayant contribué à l'établissement du commerce triangulaire jouant dans un second temps contre ces pratiques.

* Les arguments philosophiques et moraux

Dès le milieu du XVIII ième siècle, l'esclavage devint un sujet fréquemment évoqué par les philosophes des Lumières : Montesquieu,Voltaire, Rousseau, Raynal (secrètement épaulé par Diderot) écrivirent tous sur le sujet.

En France, l'article « traite des nègres » de L’Encyclopédie rédigé en 1766 par Louis de Jaucourt condamnait l'esclavage et la traite : « Cet achat de nègres, pour les réduire en esclavage, est un négoce qui viole la religion, la morale, les lois naturelles, et tous les droits de la nature humaine ».

Si la dénonciation morale de l'esclavage fut fréquente, elle franchit plus rarement le cap de la remise en cause du système esclavagiste existant dans les colonies.

Devant la condamnation morale qui se généralisa au XIX ième siècle, les esclavagistes français se replièrent derrière des arguments économiques : sans l'esclavage, affirmaient-ils, la prospérité de la France ainsi que sa position dans le concert des nations serait mise en danger.

* Les premières sociétés anti-esclavagistes

À la fin des années 1780, des sociétés anti-esclavagistes furent fondées quasi-simultanément aux États-Unis, en Grande-Bretagne et en France. Leur travail de dénonciation, principalement sur le terrain moral, permettait de diffuser à une large échelle l'information existant sur les conditions de vie des esclaves, comme en attestent le succès des pétitions des années 1788-1789 demandant un débat parlementaire sur l'esclavage en Angleterre ou la revendication de l'abolition de l'esclavage dans les colonies dans une cinquantaine de cahiers de doléances français en 1789.

* Le combat abolitioniste

En France, l'esclavage qui était une institution courante chez les peuples de l'Antiquité, avait disparu avec le Bas Empire sous l'influence de Église catholique. Cette condition qui permet d'acheter et de vendre des êtres humains comme des meubles, ne doit pas être confondue avec le servage, ou main-morte personnelle, qui au contraire les immobilise, les attache à leur terre.
La première loi interdisant dans tout le royaume de France le servage, ou servitude réelle, a été donnée par le roi Louis X, il s'agit de l'édit du 3 juillet 1315. Cet édit permet à tout esclave qui vient en France d'être affranchi : "Le sol français affranchit l'esclave qui le touche". D'autre part, l'Église catholique interdit la pratique de l'esclavage, car elle considère que les êtres humains sont à égalité devant Dieu.

En vertu de ces principes, dans les colonies françaises, la liberté et la plénitude des droits attachés à nationalité française étaient automatiquement accordée aux populations indigènes dès lors qu'elles se faisaient baptiser. La politique officielle de peuplement des rois de France se basait sur le développement des populations indigènes et sur une immigration volontaire de population de souche française.

L'esclavage a été rétabli officieusement sur le territoire français avec l'importation illégale d'esclaves noirs dans les îles françaises d'Amérique, en particulier à Saint-Domingue, où des marchands d'esclaves juifs bannis du Brésil s'installent au début du XVII ième siècle.

En 1685, à l'initiative du ministre de la marine Colbert, une ordonnance, connue par la suite sous le nom de Code noir, est prise pour leur donner un statut juridique.

Les parlements refuseront de l'enregistrer, comme contraire aux principes du droit français. Cette ordonnance a plusieurs mérites: elle reconnaît aux noirs une personnalité juridique, oblige à les baptiser, à les instruire, leur permet de se marier, donc de contracter, de se constituer un pécule et de racheter leur liberté, elle interdit aux maîtres de les maltraiter et de le faire travailler les dimanche et jours de fêtes, leur donne le droit de se plaindre en justice contre leurs maîtres, leur permet d'agir et de témoigner en justice, interdit de séparer les familles en vendant séparément un de leurs membres. Elle donne aux maîtres un droit de correction qui nous paraît très dur, mais qui existait aussi pour les soldats et les domestiques. Elle interdit aux maîtres les relations sexuelles avec les esclaves, sauf dans le cadre du mariage qui n'est pas interdit entre personne libre et esclave. L'esclavage reste strictement limité aux îles françaises d'Amérique, c'est-à-dire aux Antilles françaises, il reste proscrit ailleurs, en particulier enNouvelle-France et en Louisiane. Il sera appliqué aux Antilles en 1687, puis étendu en Guyane en 1704, à la Réunion en 1723, et enfin en Louisiane en 1724. Néanmoins, beaucoup de maîtres d'esclaves ne le respectent pas.

Pendant la régence du duc d'Orléans, John Law prend le contrôle de la Compagnie des Indes occidentales, un acte est obtenue du roi Louis XV, alors âgé de huit ans, pour permettre à certains armateurs de Bordeaux et de Nantes d'armer des bateaux de commerce d'esclave entre l'Afrique et les Îles d'Amérique. Des tentatives sont faites au milieu du XVIII ième siècle pour importer des esclaves noirs dans ces deux ports, afin d'y travailler gratuitement, mais le parlement s'y oppose, et une ordonnance interdit formellement d'importer des esclaves noirs en France.

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Le combat pour l'abolition de l'esclavage, qui occupait les esprits depuis l'établissement des colonies du Nouveau Monde, prend de l'ampleur au commencement de la période révolutionnaire. Non sans mal, ce mouvement aboutit au décret d'abolition de l'esclavage en février 1794, décret qui ne connaît qu'une application limitée. Sous le Consulat, la Paix d'Amiens, signée en 1802 alors que la France est engagée dans une campagne à Saint-Domingue, revient sur ces acquis révolutionnaires. De fait, et en droit, l'esclavage est rétabli dans des territoires. L'interdiction de la traite n'intervient qu'en 1815 et surtout en 1817 sous Louis XVIII. L'abolition de l'esclavage, sur tout territoire sous souveraineté française, n'est décrétée que le 27 mai 1848. L'esclavage sera définitivement aboli à Paris, en conseil de Gouvernement, par le décret de Victor Schoelcher qui décide l'abolition de l'esclavage en France et dans ses colonies, le 27 avril 1848.

* Avant 1789

Par une ordonnance du 8 mai 1779, Louis XVI renouvelle l'abolition du servage et du droit de suite en France. Cette ordonnance qui porte sur les servitudes réelles, affranchit tous les « mains mortables » des domaines royaux, ainsi que les hommes de corps, les « mortaillables » et les « taillables ».
En 1748 dans De L'esprit des Lois Montesquieu écrivit un texte satirique intitulé De l'esclavage des nègres; il y tournait en dérision les justifications idéologiques et matérielles de l'esclavage négrier. En1755, le Chevalier de Jaucourt rédigea les articles « esclavage » et « traite des nègres » (demandant son abolition) dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Il estimait que détenir quelqu'un en esclavage, c'est lui déclarer la guerre et légitimait donc la résistance des esclaves.
Brissot créa en 1788 la Société des amis des Noirs dont les objectifs affirmés étaient l'égalité des blancs et des hommes de couleur libres, l'interdiction de la traite négrière et l'abolition progressive de l'esclavage colonial. Condorcet (Réflexions sur l'esclavage des nègres) réclama un moratoire d'une durée de 70 ans entre la fin de l'esclavage et l'accession des affranchis au statut de citoyen.

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….. Je crois que ceci est déjà assez dense, pour que vous compreniez qu'il n'y a jamais eu une France esclavagiste et raciste, mais une lutte entre deux France, celle de l'égalité des hommes, et celle des exploiteurs, qui exploitaient indifféremment noirs et blancs.

Alors, à quelle France allons-nous demander des excuses pour l'esclavage ?

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