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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

APPROCHE ANALYTIQUE VS APPROCHE SYSTEMIQUE

Publié le 29 Mai 2016 par Lu Nienne Diallo

APPROCHE ANALYTIQUE VS APPROCHE SYSTEMIQUE

Deux approches divisent aujourd’hui la pensée scientifique : l’approche analytique et l’approche systémique.
Joël De Rosnay compare ces deux approches dans son livre « Le Macroscope », page 119 :
Approche analytique.
Isole : se concentre sur les éléments.
S’appuie sur la précision des détails.
Modifie une variable à la fois.
Approche efficace lorsque les interactions sont linéaires et faibles.
Conduit à un enseignement par discipline (juxta disciplinaire).
Approche systémique.
Relie : se concentre sur les interactions entre les éléments.
S’appuie sur la perception globale.
Modifie des groupes de variables simultanément.
Approche efficace lorsque les interactions sont non linéaires et fortes.
Conduit à un enseignement pluridisciplinaire

L’efficacité de l’approche analytique-causale-linéaire réside dans sa simplicité et sa mobilisation facile. Elle rassure la personne et la met à l’aise. Elle dessine une relation linéaire directe entre la cause et l’effet, par exemple la maladie résulte des microbes (elle pourrait résulter des médicaments comme les anti-inflammatoires) et l’obésité de la suralimentation (elle pourrait résulter du manque d’exercice) et le comportement inné des gènes (le comportement pourrait résulter de l’interaction entre les gènes et l’environnement).
Malgré sa simplicité, cette approche a favorisé l’évolution des sciences expérimentales comme la génétique et la microbiologie.

Aujourd’hui, elle devient non seulement incapable d’expliquer toute seule certains phénomènes complexes mais elle forme un obstacle à l’apprentissage. Elle réduit les phénomènes complexes à une simple relation de cause à effet. Elle oublie ou fait semblant d’oublier la dialectique qui stipule par exemple que le cerveau influe sur le comportement et le comportement influe sur le cerveau ou que l’enseignant enseigne l’élève et apprend de lui ou que l’homme pollue l’environnement et l’environnement pollué nuit à la santé de l’homme, etc.

Certains enseignants de biologie adoptent seulement l’approche analytique dans l’enseignement de la génétique. Dans ce cas l’approche analytique peut nous induire au déterminisme génétique qui postule que chaque caractère est prédéterminé par un gène. Par contre, on connaît que les êtres vivants sont complexes de nature et que leurs constituants intérieurs interagissent avec ceux de l’extérieur. Donc est-ce que c’est possible d’enseigner les connaissances d’une façon simplifiée ? Si cette simplification est dictée par la nécessité pédagogique, on arrive au résultat contraire car la connaissance non scientifique s’ancre plus facilement que la scientifique et sa réfutation devient plus difficile a posteriori comme je l’ai déjà mentionné dans mon ancien article « les conceptions non scientifiques ne cèdent pas facilement ».

Quand l’enseignant s’appuie sur l’approche analytique linéaire, il se trouve obligé de simplifier les réseaux complexes : prenons l’exemple de la relation gène caractère, c’est vrai que la couleur des yeux et le groupe sanguin sont deux caractères complètement déterminés génétiquement. Et on sait aussi que beaucoup de nos caractéristiques morphologiques, comme la couleur de la peau ou l’obésité ou autre, sont codés dans les gènes mais n’oublions pas le rôle de l’environnement dans le déterminisme de ces caractères : le brun devient plus foncé ou moins foncé selon le climat et l’obésité dépend du régime alimentaire. Alors, le problème majeur vient du transfert de ce déterminisme aux capacités intellectuelles. Les faits et les comportements sociaux de l’individu seraient déterminés par des facteurs héréditaires incontrôlables par l’individu lui-même comme le préconisent certains savants héréditaristes en essayant de nous convaincre qu’ils ont découvert les gènes de l’alcoolisme, de l’homosexualité, de l’agressivité, de l’intelligence et même de la croyance en Dieu (la revue « Sciences & Vie », août 2005, n° 1055).
Le paradigme du « tout génétique » a émergé de l’approche linéaire et il a dominé tout seul l’histoire de la génétique pendant des dizaines d’années. Mais le théoricien biologiste Henri Atlan a prédit son déclin dans son livre « la fin du ‘’tout génétique’’ ? Vers de nouveaux paradigmes en biologie » ed INRA, 1998.

Le danger du paradigme ‘’tout génétique’’ réside dans la déification des gènes et dans l’acceptation de leurs productions. Donc l’intelligence et la bonne santé deviennent des dons de gènes et l’agressivité, une malédiction qu’on ne peut pas repousser. Beaucoup d’opinions non scientifiques pourraient émerger de ce paradigme : l’agressivité, les maladies et l’intelligence deviennent des caractères héréditaires, non acquises de l’interaction sociale. Il semble que ce paradigme de la pensée scientifique n’est pas neutre car dans son explication des caractères humains, il favorise les facteurs héréditaires aux dépens des facteurs acquis. En s’appuyant sur ce paradigme pour expliquer les causes des problèmes sociaux, comme l’agressivité, l’échec scolaire et la toxicomanie, cela pourrait nous conduire à ne prendre en compte que les facteurs héréditaires et négliger les facteurs sociaux acquis.
En conclusion, L’enseignement de la biologie consiste à montrer la complexité des phénomènes naturels et à se concentrer sur les interactions qui se passent entre leurs divers éléments donc l’enseignant a besoin des deux approches analytique et systémique car elles sont complémentaires.

L’interaction et la complexité qui sont deux concepts importants en sciences complètent les concepts de linéarité et de simplification et formeront avec eux un nouveau paradigme scientifique. Ces deux nouveaux concepts pourraient ne pas faciliter la résolution d’un problème mais au contraire le complexifier tout en le mettant sur la bonne voie de la solution correcte. Prenons l’exemple de l’intelligence, il est « 100 % héréditaire et 100 % acquis » d’après le dicton célèbre d’Albert Jacquard : il est inné car on hérite de nos parents un cerveau humain composé de 10 milliards de neurones. Dans chaque neurone, s’effectuent des milliards de réactions chimiques. Le neurone n’est pas isolé, il échange avec son environnement des milliards d’éléments chimiques instables. Chaque neurone est capable d’établir 10 mille synapses avec ses voisins. Durant notre vie et à partir de l’interaction avec l’environnement, nos neurones vont configurer et reconfigurer entre eux un million de milliards de synapses. Sachant que le nombre de nos gènes, d’après le dernier séquençage d’ADN en 2001, ne dépasse pas les 30 mille gènes. 98.9 % de ces gènes sont répétitifs ou silencieux, c'est-à-dire sans rôle connu et 1.1 % seulement sont capables de fabriquer des protéines. On arrive à la conclusion suivante : le paradigme dominant « un gène une protéine » n’est plus capable à lui seul d’expliquer l’existence des dizaines de milliers de protéines et des milliards de synapses.

saoussen dkhil

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