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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

LE MATRIARCAT, SES CAUSES ET SA FIN SOUS LES COUPS DE LA GUERRE SOCIALE (2)

Publié le 10 Juillet 2017 par Lu Nienne Diallo

Les déesses du paléolithique et du néolithique
L’un des signes les plus marquants d’anciennes civilisations fondées sur le matriarcat, la suprématie féminine, est l’existence d’anciens dieux exclusivement féminins, des déesses, qui semble représenter la fécondité de la terre : des déesses-mères.
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Dans son « histoire des croyances et des idées religieuses », Mircéa Eliade écrit :
« La découverte des figurations féminines dans la dernière période glaciaire a posé des problèmes qu’on continue à discuter. Leurs distribution est assez étendue, du sud-ouest de la France jusqu’au lac Baïkal, en Sibérie, et de l’Italie du nord jusqu’au Rhin. (…) On les a appelées assez improprement des « Vénus », les plus célèbres étant les Vénus de Lespuges, de Willendorff et de Laussel. Cependant, grâce surtout à la précision des fouilles, plus instructives sont les pièces découvertes à Gagarino et Mezine, en Ukraïne. Elles proviennent des niveaux d’habitation, par conséquent semblent être en rapport avec la religion domestique. A Gagarino, on a trouvé, auprès des parois de l’habitation, six figurines sculptées en os de mammouth. Elles sont sommairement taillées, avec un abdomen de proportions exagérées et la tête dépourvue de traits. Les pièces découvertes à Mezine sont fortement stylisées ; certaines peuvent être interprétées comme des formes féminines réduites à des éléments géométriques (ce type est attesté ailleurs en Europe centrale) (…) Pour expliquer leur éventuelle fonction religieuse, Hançar a rappelé que certaines tribus de chasseurs de l’Asie septentrionale fabriquent de petites sculptures anthropomorphes en bois, appelées « dzuli ». Dans les tribus où les dzulis sont féminines, ces « idoles » représentent l’Aïeule mythique de laquelle sont présumés descendre tous les membres : elles protègent les familles et les habitations, et au retour des grandes chasses on leur présente des offrandes de gruau et de graisse.
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Plus significative encore est la découverte faite par Gerasimov à Mal’ta en Sibérie. Il s’agit d’un « village » dont les maisons rectangulaires étaient divisées en deux moitiés, celle de droite réservée aux hommes et celle de gauche appartenant aux femmes ; les statuettes féminines proviennent exclusivement de cette section. Leurs homologues dans le quartier masculin représentent des oiseaux, mais certains ont été interprétés comme des phallus.
Il est impossible de préciser la fonction religieuse de ces figurines. On peut présumer qu’elles représentent en quelque sorte la sacralité féminine, et par conséquent les puissances magico-religieuses des déesses. Le mystère constitué par le mode d’existence spécifique aux femmes a joué un rôle important dans nombre de religions, primitives aussi bien qu’historiques. C’est le mérite de Leroi-Gourhan d’avoir mis en lumière la fonction centrale de la polarité masculin/féminin dans l’ensemble de l’art paléolithique, i.e. peintures et reliefs rupestres, statuettes ou plaquettes de pierre. (…) La première, et peut-être la plus importante conséquence de la découverte de l’agriculture, suscite une crise dans les valeurs des chasseurs paléolithiques : les relations d’ordre religieux avec le monde animal sont supplantées par ce qu’on peut appeler « la solidarité mystique entre l’homme et la végétation. » Si l’os et le sang représentaient jusqu’alors l’essence et la sacralité de la vie, dorénavant ce sont le sperme et le sang qui les incarnent. En outre, la femme et la sacralité féminine sont promues au premier rang. Puisque les femmes ont joué un rôle décisif dans la domestication des plantes, elles deviennent les propriétaires des champs cultivés, ce qui rehausse leur position sociale et crée des institutions caractéristiques, comme par exemple la matrilocation, le mari étant obligé d’habiter la maison de son épouse. La fertilité de la terre est solidaire de la fécondité féminine ; par conséquent, les femmes deviennent responsables de l’abondance des récoltes, car elles connaissent le « mystère » de la création. Il s’agit d’un mystère religieux, parce qu’il gouverne l’origine de la vie, la nourriture et la mort. La glèbe est assimilée à la femme. Plus tard, après la découverte de la charrue, le travail agraire est assimilé à l’acte sexuel. Mais pendant des millénaires la Terre-Mère enfantait toute seule, par parthénogenèse. Le souvenir de ce « mystère » survivait encore dans la mythologie olympique (Héra conçoit toute seule et donne naissance à Héphaistos, à Arès) et se laisse déchiffrer dans de nombreux mythes et croyances populaires sur la naissance des hommes de la Terre, l’accouchement sur le sol, le dépôt du nouveau-né sur la terre, etc… Certes, la sacralité féminine et maternelle n’était pas ignorée au paléolithique, mais la découverte de l’agriculture en augmente sensiblement la puissance. La sacralité de la vie sexuelle, en premier lieu la sexualité féminine, se confond avec l’énigme miraculeuse de la création. (…) Le culte de la fertilité et le culte des morts semblent solidaires (cultures de Hacilar et Çatal Huyuk en Anatolie et culture pré-céramique de Jéricho, par exemple). (…) Des reliefs de la déesse, parfois hauts de deux mètres, modelés en platre, en bois ou en argile et des têtes de taureaux étaient fixés aux murs. (…) A Hacilar, daté de – 5.700, la déesse est montrée assise sur un léopard ou debout tenant le petit d’un léopard. »
Olivier Pelon écrit :
"Une importante iconographie féminine
Aucun sanctuaire ni aucun lieu de culte n’ont été identifiés dans le secteur fouillé, contrairement aux indications fournies à Çatal Hüyük. Au lieu de pièces ornées de motifs peints ou en relief de caractère symbolique ou rituel, on n’observe que des murs sans décor et des installations à destination purement domestique. Il existe cependant un lien entre les deux sites : la présence de figurines de terre cuite ou crue qui ont dû jouer un rôle dans les pratiques religieuses. À Hacilar, c’est tout un monde de représentations féminines qui a été mis au jour, dont J. Mellaart a pu dire qu’elles figuraient les différents aspects de la population féminine de l’époque vus par les yeux d’un artiste mâle, et qu’il décrit ainsi de façon très suggestive :
« Les jeunes filles, aux traits fins, leur chevelure brune ou noire portée en queue de cheval ou en boucles sur le sommet de la tête, affichant avec coquetterie leurs corps splendides à petits seins, vêtus uniquement d’un caleçon en étoffe de laine ou en peau d’animal ou jouant avec leurs léopards familiers, rapportés par les chasseurs des forêts de pin et de genévrier qui entouraient la vallée. Ailleurs […] les femmes plus âgées, mères ou futures mères, de formes mûres et sans aucun doute nues ou vêtues de tabliers ou de jupes ficelle, leur chevelure nouée en chignon à l’arrière de la tête, comme le voulait leur statut de femme mariée. Ici une jeune femme jouait avec son enfant assis sur sa poitrine ou la tétant ; près de là […] une femme aux cheveux sombres se reposant à l’ombre tandis que son jeune enfant se penche vers elle et murmure dans son oreille, ou les ébats d’un enfant sur le dos de sa mère qui s’accroupit avec difficulté en raison de son évidente grossesse… »
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Les motifs choisis ont cependant une valeur symbolique manifeste, sans doute identique à Hacilar et à Çatal Hüyük : un personnage féminin en est le centre, volontiers associé dans les deux cas à un animal, le léopard, qu’on ne peut simplement considérer comme un animal familier. Et si, à Hacilar, les formes féminines sont parfois graciles et sveltes, on a plus souvent des figurations de femmes stéatopyges aux seins lourds qui incarnent une idée de maternité féconde. La nudité même, totale ou partielle, qui est une des constantes de ces représentations est significative du désir de l’artisan de mettre particulièrement en valeur tous les aspects du corps féminin ; le geste – que l’on constate dans plusieurs cas – des mains ramenées sur les seins qu’elles paraissent cacher, bien loin d’être celui de la Vénus pudique (Venus pudica) dont il est pourtant l’archétype, n’est destiné qu’à mieux mettre en évidence cet élément essentiel de la fécondité féminine. Si aucune des figurines d’Hacilar n’atteint à la majesté de la « déesse » aux léopards de Çatal Hüyük représentée en train d’accoucher, il existe cependant une filiation probable entre celle-ci et celles des femmes d’Hacilar associées à un jeune félin."

Pour en savoir plus :
http://www.matierevolution.org/spip.php?article2274

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