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Un clic, déclic pour l'Afrique

Des vérités historiques, sociales, économiques pour l'Afrique Noire Francophone

POURQUOI LES MENTEURS PRENNENT LE POUVOIR

Publié le 10 Juillet 2017 par Lu Nienne Diallo

La vérité dans le discours politique n’a jamais eu pour effet de susciter l’espoir ou la colère. Les populistes l’ont bien compris: ils préfèrent vendre des histoires plutôt qu’une vérité stérile pour leur popularité. Ils semblent prêts à semer le doute même sur les observations scientifiques les plus tangibles.
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Les populistes sont des menteurs, et parmi les menteurs, le plus menteur d’entre tous est Donald Trump. Mentir, ce n’est pas nécessairement occulter une vérité connue, indiscutable, voire indépassable. Dans une chronique intitulée Après la vérité , le philosophe Michaël Fœsselsouligne que la démocratie n’est pas un système qui se réclame de la vérité, ce qui serait, sinon une mystification, du moins un raccourci trompeur. Les acteurs politiques, en effet, ne se contentent pas de rapporter des données irrécusables ou fausses. Ils tiennent toujours aussi en même temps des discours porteurs d’espérances : «Il[s] raconte[nt] une histoire.» Le philosophe Merleau-Ponty l’avait bien compris : «Les vérités de demain», observait-il «sont stériles tant qu’elles ne sont pas dites à la manière politique, dans ce langage qui dit sans dire, qui touche en chacun les ressorts de la colère et de l’espoir, et qui ne sera jamais la prose du vrai» (Signes, 1960). Il faut donc bien préciser ici que mentir, ce n’est pas simplement dire ce qui est faux - ce qui ne peut pas toujours être établi - c’est dire ce qui est faux en sachant que c’est faux, dans l’intention de tromper, afin d’en tirer un avantage ou un profit - à commencer, dans le cas de mensonges d’Etat, celui d’accéder au pouvoir ou de s’y maintenir. 
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Mentir dans le contexte des mouvements nationaux-populistes qui font florès, c’est instiller le doute sur ce qui fait consensus au sein de la science à un instant T, comme la réalité du changement climatique, la nocivité du diesel, la dangerosité des perturbateurs endocriniens et des pesticides, ou les ravages causés par l’extraction du gaz de schiste. Parallèlement, sur un plan politique, c’est «raconter une histoire» dont on sait parfaitement qu’elle est extravagante. Or, dans le contexte actuel de la mondialisation, notamment financière et numérique, on ne peut que s’inquiéter de l’ampleur des phénomènes de désinformation qui sont à l’œuvre, tout particulièrement «grâce» aux réseaux sociaux.
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On peut répertorier trois types de mensonges qui sont imbriqués les uns dans les autres. Leur cohérence tient au projet qui les ordonne : soutenir la prise de pouvoir de démagogues cyniques au mépris des revendications implicites des citoyens (la santé, l’accès de tous aux biens communs) mais aussi des intérêts des générations à venir. 
- Première imposture, lourde de conséquences : «La science n’est pas fiable, les élites n’ont pas de leçon à donner au peuple.»
- Le deuxième mensonge relève du registre classique de la démagogie : «La cause de nos difficultés n’est pas à chercher en nous mais hors de nous» (la mondialisation, la caste, l’immigration, etc.). 
- Troisième ressort : «Une fois l’homme providentiel (Trump, dans la lignée d’un Poutine) porté au pouvoir, les difficultés seront aplanies puisque le peuple se gouvernera lui-même selon ses intérêts et, en conséquence, sans sacrifices et sans douleurs.» 
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Les mensonges de Trump sont à cet égard exemplaires , mais ils doivent être rapprochés de tous ceux des «marchands de doute» à la manœuvre sous toutes les latitudes. Pour Donald Trump, comme chacun le sait, le changement climatique est un canular, etc. Le sous-texte de cette bonne blague est un message subliminal : «Continuez de vivre et de consommer comme par le passé, il n’y a aucune raison de faire des efforts, il vous suffit de mettre un bulletin dans l’urne et tout ira bien.»
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Plus périphérique, la question des perturbateurs endocriniens et du refus d’en limiter la diffusion en dit long, elle aussi, sur la volonté de nier délibérément des données scientifiques en accréditant l’idée de querelles scientifiques… imaginaires. Près de cent scientifiques ont demandé dernièrement à la communauté internationale d’agir contre «la fabrication du doute par des industriels, déjà à l’œuvre dans la lutte contre le changement climatique» («Halte à la manipulation de la science», le Monde du 29 novembre). Il y aurait donc, semble-t-il, une collusion de fait entre manipulateurs de tous acabits, hackers anti-establishments, lobbyistes pharmaceutiques ou propagandistes pro-viande, industriels irresponsables, etc.
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La manufacture du mensonge mercenaire pourrait comporter une certaine cohérence.
Le fait nouveau serait la connivence de ces propagandes délétères au profit d’une idéologie de type populiste . Une telle collusion, si elle était confirmée, serait un phénomène inédit. Autrefois, les différents régimes de type totalitaire étaient par nature des systèmes clos qui s’enfermaient dans des constructions idéologiques étanches. Internet et les réseaux sociaux changent la donne. Une chose est sûre d’ores et déjà : les «industries du mensonge» semblent s’accorder en tout premier lieu dans leurs efforts pour phagocyter la science.
Cette génération de menteurs 2.0 continuera de produire demain, si on ne parvient pas à la neutraliser, non seulement des effets dévastateurs pour la santé publique mais aussi une dégradation accélérée et méthodique des ressources de la planète (50 % des vertébrés disparus déjà). Dénoncer sans relâche ces types de mensonges, ou bien, au minimum, ne pas les propager, voilà ce à quoi il faut s’attacher. La première des libertés, disait George Orwell, c’est le fait de pouvoir dire que «deux et deux font quatre».

http://www.liberation.fr/…/post-verite-pourquoi-les-menteur…

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